Du 9-3 à Sciences Po Paris : Meggy Pyaneeandee
Pour le grand public, Meggy, c'est l'ambassadrice de beauté de l’Île-de-France. Mais au quotidien, elle est surtout étudiante à Sciences Po Paris. Paradoxal me direz-vous ? Pas pour la Miss. Férue d'expériences, elle n'en est pas à son premier grand écart. Car avant d'intégrer la prestigieuse institution de la rue Saint Guillaume, Meggy a évolué en zone d'éducation prioritaire. Itinéraire d'une jeune fille d'aujourd'hui, passée de la ZEP à un IEP.
A l'image de la ville de Paris, Meggy Pyaneeandee est faite d'une identité plurielle. L'aspect brun de sa peau lui vient de ses origines mauriciennes, et puis, la grande brune longiligne a aussi sa seconde origine. Une origine « géographique ». Le 93. C'est un fait et Meggy ne le renie pas. Au contraire, la jeune femme de 22 ans en fait une force. « Quand je parle au quotidien, on comprend vite que je viens du 93, parce que j'utilise le vocabulaire et les intonations du 9-3. J'ai grandi avec elles, c'est ma façon de parler. Ce qui ne m'empêche pas de pouvoir m'exprimer en « bon français ». Les deux font parti de moi. » dit-elle.
Cette dualité, la candidate au titre de Miss France 2017, la cultive depuis bien longtemps. Au lycée, elle choisit la filière scientifique alors qu'elle déteste les sciences. A la même époque, elle fait un choix qui s'avérera payant pour son avenir. Elle suit un module de Sciences Politiques. La suite de l'histoire vous la connaissez, grâce au système des conventions d'éducation prioritaires elle intègre Science Po Paris. Son parcours étant lié aux mesures prises en faveur de l'égalité des chances, Meggy Pyaneeandee a une vision très précise de la chose : « Je pense que si un élève a les capacités d'entrer dans une grande école, le manque de moyens ne devrait pas être un frein. A Sciences Po, le concours d'entrée pour les élèves CEP est très bien pensé. Il est différent, adapté à nos profils. Mais au final, on s'en sort aussi bien que les autres élèves. C'est la preuve qu'on a le même potentiel, et que les lacunes qu'on a accumulées s'expliquent en partie par l'environnement qui nous est imposé. » Consciente de la chance qu'elle a eu, la sciencepiste souhaiterait que le dispositif des conventions d'éducation prioritaires s'élargisse à l'ensemble des grandes écoles.
Dans quelques années, Meggy fera sans doute carrière dans l'entrepreneuriat social, dans la mode, ou bien dans le cinéma. Pour le moment, elle est encore indécise, rêveuse, mais ne se voit en aucun cas se limiter dans ses projets. La peur de l'ambition ? Elle ne connaît pas ! « La peur d'entreprendre je la conçois, mais celle d'avoir de l'ambition non. Il en faut. Tout commence dans la tête. » la jeune femme ajoute ensuite : « Avoir peur de rêver parce qu'on ne veut pas être déçu de ses échecs, c'est
tellement triste. C'est passer à côté de sa vie. On a une vie pour tout essayer, pour tomber, pour se relever, pour aimer, pour détester, pour rire, pour pleurer. On doit tout faire ! Je pense que les déceptions vont de paire avec les expériences. Mais qu'une expérience soit positive ou négative, peu importe. Au moins, elle aura été vécue. » et puis elle finit sur une réflexion un peu philosophique : « Tout est une question de perspective. Si vous décidez d'être positif dans votre quotidien, vous verrez qu'il y a surtout de belles choses qui vous attendent. » Un discours feel good, dans lequel on décèle une note de bien-pensance façon Miss France.
Si Meggy a choisi de participer au plus grand concours de beauté de France, elle n'est pas pour autant déconnectée des réalités. Elle se sent toujours concernée par le regard posé sur les jeunes des quartiers. Des jeunes, qu'elle n'hésite pas à défendre. «Je pense qu'ils ont besoin de sentir qu'ils ne sont pas juste des banlieusards. Ils ont besoin qu'on les pousse à voir plus, à vouloir plus que ce qu'ils sont. » Face à l'actualité récente, générée par l'affaire Théo, qui a bouleversé la Seine-Saint-Denis, Meggy se veut ferme, mais compréhensive : « Je suis contre les émeutes qui permettent aux gens de nous stigmatiser. Mais je comprends la rage et l'envie de rébellion que suscite cette affaire. » Difficile de ne pas faire un parallèle entre l'embrasement des banlieues de ces derniers mois, et celui d'il y a maintenant 12 ans, suite à la mort de Zied et Bouna. Là encore, la jeune femme se montre pacifique et modérée. « Il y a un sérieux besoin de discussion et de médiation à faire entre les jeunes citoyens et la police. Il faut désamorcer ces tensions une bonne fois pour toutes. Les choses doivent être mises à plat du côté des jeunes comme du côté des policiers. La police devrait chercher à faire le ménage, et à se débarrasser des éléments qui sont dangereux. » La Miss estime également que : « Les jeunes doivent comprendre que tous les policiers ne sont pas mauvais, et ne nous veulent pas de mal. Même chose pour les policiers, ils ne doivent pas traiter tous les jeunes de quartier comme des criminels. »

De nombreux médias sont sont saisis du sujet de la violence, dont sont empreintes les relations entre jeunes de banlieue et police, suite à l'affaire Théo. Des témoignages d'agressions sexuelles, physiques ou verbales ont été porté à la connaissance du grand public. Meggy n'a jamais connu de différend avec la police. Mais dans son entourage, le caractère tendu des relations avec la police se fait bel et bien ressentir. « J'ai un petit frère, et il s'est fait plusieurs fois arrêté et contrôlé sans bonne raison. Chaque fois l'expérience était dérangeante, notamment parce que le comportement des policiers en question était froid et dur. » dit-elle. Ensuite, elle se confie sur cet ami d'un autre de ses frères, devenu policier. « Mon frère m'a toujours dit que depuis qu'il était devenu policier, il était devenu plus violent, aigri, et radical dans ses propos. Un jour, ils ont parlé de l'affaire Théo, et le policier s'est contenté de défendre ses collègues, et a ajouté que les petits jeunes méritaient une bonne leçon. Ce discours a choqué mon frère, qui a décidé de tiré un trait sur leur amitié. Moi ça m'a fait réfléchir... Est-ce qu'en intégrant la police il aurait perdu les notions de bien et de mal ? »
La banlieue a ses maux et ses défauts, mais ce dont elle souffre surtout, ce sont les clichés. Meggy, est la première à vouloir lutter contre. «Je pense que c'est d'abord à nous d'interdire qu'on nous colle des clichés. A nous de sortir du rôle dans lequel on nous attend, à nous de montrer qu'on est plus que des clichés. A nous de vivre, de nous épanouir, de faire des choses, pour arriver à effacer ces clichés. Et de finir sur une note contrastée :« Personnellement, les clichés m'agacent mais ne m'empêchent pas de vivre »
Crédits photo: Jean Marc Auclair et Chris Lebon
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